Franciscan Custody of the Holy Land - 06/03/2000 info: custodia@netvision.net.il
Un pèlerinage aux lieux saints.
Pierre sur les traces de Jésus

Du 20 au 26 mars le Pape Jean Paul II visitera la Terre Sainte en commençant par le Mont Nébo, en Jordanie. Ce voyage, préparé par une station au Sinaï le mois dernier, sera le plus important des quatre-vingt-dix déplacements pontificaux. Ses enjeux sont considérables au niveau du dialogue oecuménique et interreligieux. Les milliers de journalistes qui couvriront la visite l’ont compris instinctivement.

Tandis que Paul VI était arrivé par Amman, Jean-Paul II sera reçu officiellement à Tel Aviv. Depuis 1993 des relations diplomatiques entre le Saint Siège et Israël ont créé un climat plus détendu. Jérusalem reste une ville symbole. Elle est la capitale des trois religions monothéistes. Le christianisme y est né lorsque l’Eglise fut fondée au Cénacle. Tout ce qui touche à Jérusalem trouve immédiatement un écho dans le monde chrétien.

Pourquoi un pèlerinage - qui est en même temps une visite pastorale - en Israël où les chrétiens sont une petite minorité ? se demandent certains. C’est vrai que les chrétiens d’expression arabe et d’expression hébraïque sont une petite minorité. Mais avec leurs pasteurs les chrétiens viennent de terminer leur synode le mois dernier. C’est une tradition du Saint Père de visiter les Eglises qui viennent de terminer leur auto-critique pour les encourager et pour orienter leur effort de conversion.

De plus la Terre Sainte attire en cette année du jubilé de nombreux chrétiens qui viennent faire un retour aux sources. Depuis février la vieille ville est bondée de pèlerins. Dans ce contexte jubilaire une visite pastorale se justifie parfaitement.

A Jérusalem Juifs, chrétiens et musulmans sont témoins du Dieu un en face d’un monde sécularisé. Le monde musulman y affirme sa présence de façon parfois agressive. Mais l’influence des religions dans le monde ne se mesure pas au nombre de leurs adhérents. Le judaïsme, dont le christianisme est issu, ne représente numériquement que 14 millions. Son influence dépasse de loin les limites de l’Etat d’Israël. Le Pape aime appeler les Juifs ses frères aînés. Sa rencontre avec les grands rabbins sera un des moments les plus importants de sa visite à Jérusalem. Une rencontre avec le grand mufti de Jérusalem est prévue également sur l’esplanade des mosquées. Les fils d’Abraham, aujourd’hui plus que jamais, doivent se parler, se rencontrer, pour éviter les affrontements.

De Jérusalem, capitale du monde spirituel, le Pape veut s’adresser également au monde entier. La quête spirituelle de l’humanité est visible aujourd’hui plus qu’hier. On fait dire à Malraux que le vingt et unième siècle sera religieux ou ne sera pas. L’humanité est en quête du sens de la vie, alors qu’un monde s’en va. Les grandes religions aujourd’hui ouvertes en majorité à un projet oecuménique cherchent une réponse à cette quête de sens. Les valeurs d’honnêteté, de justice et de solidarité contenues dans les dix paroles du Sinaï sont nécessaires à toute société pour survivre. La corruption ambiante, l’injustice, les inégalités scandaleuses, l’immoralisme et le manque de respect pour la vie orientent l’humanité vers une culture de la mort. La vie exige un retour aux valeurs. Bien des revendications sociales et politiques s’expriment aujourd’hui par le biais d’un discours religieux et moral.

A l’heure où les fondamentalismes conservateurs prennent de l’ampleur — il suffit de penser à l’islamisme, à l’extrémisme hindouiste et aux ultra-orthodoxes en Israël - il est important de prôner le retour aux vrais valeurs d’origine. Le retour à l’intégrisme s’accompagne souvent d’activisme politique et d’ambition pour prendre le pouvoir.

La mondialisation économique qui s’impose comme un rouleau compresseur est ressentie comme une vraie menace pour les valeurs humaines. Certains cherchent dans la drogue, l’alcool ou dans les pratiques occultistes un soulagement à la peur qui les envahit. D’autres se tournent vers les sectes où ils trouvent un climat plus fraternel et plus chaud. Plus de vingt mille sorciers modernes, voyants et astrologues suffisent à peine en France à répondre aux demandes angoissantes de quatre millions de clients réguliers. L’ésotérisme se trouve en pleine expansion : la moitié des français consultant régulièrement leur horoscope.

C’est dans ce climat de désarroi que s’inscrit la visite du pape Jean Paul II. Se faisant pèlerin aux lieux saints, il indique la voie à tous ceux qui sont désorientés. Il les invite à faire un pèlerinage intérieur, puis à prendre leur bâton de pèlerins pour se rappeler que tous les hommes sont pèlerins et étrangers. C’est à un retour aux sources que le pape convie les croyants.

La nouvelle évangélisation qu’il prêche pour le troisième millénaire n’est pas un retour au Moyen Age, comme le pensent certains analystes mal éclairés. La roue de l’histoire tourne, elle tourne très vite. Il n’est pas question de l’arrêter, ni de la faire tourner en sens inverse. Impossible de réduire l’Europe à une cohorte innombrable de saints. Mais il faut rappeler à ceux qui l’ont oublié que c’est la force du pardon chrétien qui a permis la réalisation de l’Europe. Lorsque les pays arabes et Israël se réconcilieront ils pourront envisager la création d’un marché commun oriental.

Au cours de son pèlerinage le pape veut inviter les chrétiens à la conversion : c’est le sens du grand jubilé. Il ne suffit pas d’ouvrir les portes saintes des basiliques. Il faut ouvrir la porte du coeur de chaque croyant. Le coeur de pierre doit céder la place à un coeur de chair. Sans un supplément d’âme la société occidentale ne pourra pas résoudre ses problèmes.

Si le pape vient à Jérusalem où les confessions chrétiennes étalent leurs divisions de façon scandaleuse, c’est qu’il veut inviter de façon urgente tous les croyants au Christ à retrouver leur unité autour du Christ mort et ressuscité. Seule une Eglise qui accepte le don de l’unité que lui offre l’Esprit pourra porter au monde un message crédible. Le pape reprend volontiers l’image des deux poumons de l’Eglise : l’Orient et l’Occident qui avec leurs richesses et leurs cultures différentes doivent collaborer pour annoncer le Royaume de Dieu. Encore une fois il ne s’agit pas plus de copier l’antiquité chrétienne que le Moyen Age. L’Orient chrétien a conservé le sens du mystère qui fait défaut à l’Occident. La sécularisation et la laïcité ont libéré des forces créatrices, personne n’en doute. Mais ils ont laissé beaucoup d’hommes et de femmes sur leur faim. Dans une société où Internet va s’imposer rapidement la morale devient inévitable.

Maintenant qu’il est âgé et presqu’impotent le pape se présente sans aucune prétention. Comme le Serviteur souffrant il vient rappeler la nécessité de passer par la mort pour trouver la vraie vie. En route vers la Jérusalem céleste, il a tenu à visiter la Jérusalem terrestre pour lui rappeler sa vocation d’être une ville sainte, différente des autres, où tout homme peut rencontrer Dieu s’il respecte son frère.

Frédéric Manns



Created / Updated Monday, March 06, 2000 at 10:21:44