Franciscan Custody of the Holy Land - 06/03/2000 info: custodia@netvision.net.il
Jordanie, terre sainte

Le Pape a voulu commencer son pèlerinage en Terre Sainte par une étape en Jordanie qui elle aussi est une terre sainte. Ce geste est parlant : la révélation est une depuis Moïse jusqu’à Jésus, bien qu’elle se soit traduite en deux étapes.

Terre sainte la Jordanie fait mémoire de Moïse, mort au Mont Nébo, d’Elie le prophète, appelé aussi le Tisbite, originaire de Galaad, et du martyre de Jean Baptiste, fils du prêtre Zacharie. Les pages bibliques qui évoquent les Ammonites, les Edomites, voire les Nabatéens, sont nombreuses. L’univers biblique déborde amplement les frontières du royaume de David. La Jordanie, du fait de sa position, a bénéficié du rayonnement religieux et culturel d’Israël. Les Patriarches ont parcouru son territoire. Jacob lutta avec l’ange auprès du Jabbok.

Les Evangiles mentionnent le passage de Jésus dans la Décapole (Mc 7,31; Mt 4,25). Les dix villes confédérées qu’on désigne sous le nom de Décapole sont situées, sauf une, à l’est du Jourdain. De plus l’Evangile de Matthieu 4,24 note que lorsque Jésus accomplissait des miracles sur le bord du lac, des foules qui l’accompagnaient venaient de Galilée, de la Décapole, de Jérusalem et de la région qui avoisine à l’est du Jourdain.

Autre souvenir évangélique, et non des moindres: au sud de la Jordanie la forteresse hérodienne de Machéronte fait mémoire du martyre de Jean-Baptiste (Mc 6). Le plus grand des enfants des hommes y rendit témoignage au Christ.

La Jordanie, plus exactement la ville de Pella, offrit l’hospitalité à la communauté chrétienne de Jérusalem qui fuyait lors de la destruction du Temple en l’an 70 après J.-C. Probablement des judéo-chrétiens s’installèrent dans la région. Ariston de Pella est l’auteur d’une apologie connue du christianisme. Des sectes baptistes mentionnées par les Pères de l’Eglise étaient actives en Jordanie.

Parmi les sources littéraires qui ouvrent la voie à la découverte de la Jordanie, il faut citer le Journal de voyage d’Egérie et l’Onomasticon d’Eusèbe de Césarée. Egérie, une dame espagnole qui entreprit en 381 un grand pèlerinage, visita pendant trois années la Palestine, l’Egypte, la Transjordanie et le Hauran. A chacune de ses haltes elle se fit lire le passage biblique correspondant qu’elle accompagna de prières. Ses descriptions des lieux visités ne manquent pas d’intérêt, en particulier celle du Mont Nébo, où des moines transmettaient la mémoire de Moïse.

Eusèbe, évêque de Césarée au IVe siècle, est l’auteur de l’Onomasticon, ouvrage intitulé "Sur les noms de lieux qui se trouvent dans l’Ecriture". L’ouvrage est un catalogue des lieux classés par ordre alphabéthique et suivant les livres bibliques. Eusèbe explique la Bible par la Bible. Parfois il donne des renseignements géographiques précieux. Au sujet de plusieurs sites il rappelle qu’on les trouve encore aujourd’hui. Jérôme traduisit l’Onomasticon en latin en 390 en y ajoutant des renseignements sur les églises qui avaient été édifiées depuis l’époque de la composition de l’ouvrage.

Les fouilles archéologiques progressent à un rythme rapide. Il est difficile de suivre année par année les découvertes. Parmi les découvertes archéologiques la carte géographique de Madaba mérite une mention spéciale. Bien qu’inspirée par une théologie de l’histoire, elle demeure une source d’information majeure pour la Jordanie byzantine. Les mosaïques de Umm el Rasas réservent chaque année des surprises aux archéologues.

Découvrir la culture pluriséculaire de la Jordanie, c’est se préparer à mieux comprendre la révélation chrétienne, qu’il faut resituer dans son contexte géographique et historique. Paraphrasant un texte connu de Péguy on pourrait dire: les pas des Moabites, des Edomites et des Nabatéens, avaient marché pour Lui.

Frédéric Manns



Created / Updated Monday, March 06, 2000 at 21:26:48