© franciscan cyberspot


 MENU
  * Principal
  * Avant - Propos
  * Sacre Ecriture
  * Histoire
  * Basilique
  * Aujourd'hui
  * Grotte
  * Jerome
  * Champ bergers
  * Images
  * Images 1
  * Images 2
  * Images 3
  * Images 4

 SINTESE
  * Italiano
  * Francais
  * Portugues
  * Español
  * Deutsch

 CELEBRATIONS DE NOEL
  * Catholic 1
  * Catholic 2
  * Orthodox
  * Christians
 MESSAGES
  * Patriarcas
  * Custodio
  ARTICLES
  * Franciscains
  * Réflexions
  * Images

LA BASILIQUE AUJOURD’HUI

  
3. La basilique aujourd’hui

Malgré les destructions, malgré les rabbins et les Romains, les Arabes et les Egyptiens, malgré une domination turque rigoureuse de 400 ans et les contraintes logiques de l’Islam, malgré, enfin, le peu d’intérêt que les puissances catholiques ont montré pour ce lieu saint, comme pour les autres d’ailleurs, surtout dans les derniers temps, le culte chrétien n’a jamais disparu de Bethléem. Il a plutôt fleuri, pourrions-nous dire, au milieu des adversités comme la bruyère au milieu des rochers.

Certes, il n’y a pas aujourd’hui à Bethléem de sanctuaires splendides. Rien n’y rappelle les cathédrales de Burgos ou de Chartres, de Cologne ou d’Ely. Il s’y trouve par contre les racines profondes d’une foi qui n’a jamais tremblé, une foi d’autant plus persuasive dans sa modestie, stimulante dans sa persévérance et exemplaire dans le sang versé. C’est peut-être ce sentiment de foi tenace qui imprègne l’atmosphère de Bethléem et la rend mystique, douce, sereine. Plus qu’à l’or des princes, c’est assurément à cette foi, entretenue pendant les 780 dernières années par les pères franciscains, que nous devons l’érection et la conservation des édifices religieux.

La basilique présente encore de nos jours un aspect imposant, grâce à ses murs extérieurs massifs, ainsi qu’à ses dimensions intérieures bien proportionnées et à ses colonnades. Il faut cependant presque un acte de foi pour croire que les marbres du pavement reflétaient jadis la splendeur des chapiteaux dorés. Rien ne remplace les riches tapisseries. Suspendus aux lampes encapuchonnées, les globes de verre coloré donnent l’impression mélancolique d’un arbre de Noël desséché et dépouillé. Mais, avec tout ce que Bethléem a souffert, c’est déjà beaucoup de voir la basilique debout. Visitons-la maintenant, en essayant de la reconstituer dans le passé avec l’aide de l’archéologie et, le cas échéant, de notre imagination.

L’ensemble des édifices religieux dont la basilique de la Nativité est le cœur occupe une superficie de 12 000 m2 environ. Outre la basilique, il comprend les couvents latin (au nord), grec (au sud-est), arménien (au sud-ouest), et l’église catholique Sainte-Catherine d’Alexandrie que précède le cloître de Saint-Jérôme. La sévérité de l’aspect extérieur fait plus penser à une forteresse médiévale qu’à un lieu de prière. Ce trait est commun à tous les édifices religieux anciens de Judée, qu’il fallait protéger contre les pillards occasionnels du désert, les envahisseurs successifs et les moines fanatiques. Les constructions appartiennent à des époques diverses. Il est d’autant plus difficile aux savants de retrouver les transformations, qu’ils ne disposent pas de plans généraux des constructions, à l’exception des plans et des dessins, déjà anciens, du P. Amico.

Les fouilles effectuées en 1932 dans le parvis et en 1934 à l’intérieur de la basilique ont donné naissance à plusieurs interprétations (W. Harvey, E.T. Richmond, H. Vincent, R.W. Hamilton). En 1947, la custodie de Terre sainte chargea le P. Bellarmino Bagatti, o.f.m., d’étudier les découvertes archéologiques qu’avait amenées la restauration du cloître de Saint-Jérôme. En creusant des tranchées pour explorer le sous-sol, les fouilleurs avaient mis au jour d’importants vestiges antérieurs aux croisades. Le P. Bagatti analysa en détail tous les matériaux archéologiques alors disponibles autour de la basilique, ainsi que l’ensemble des grottes inférieures. Les conclusions auxquelles il est arrivé diffèrent des interprétations précédentes. Nos explications reflètent les résultats des études du P. Bagatti, qui sont actuellement les plus complètes et les plus approfondies.

Le parvis

Un parvis de 42 m de long sur 30 m de large donne accès à la basilique, et donc à la grotte de la Nativité. Sur le côté occidental, là où le parvis débouche sur la place de la localité, il existait anciennement un mur percé d’une grande porte, souvenir de l’époque byzantine et de celle des croisades. Sur les autres côtés, le parvis est limité par, des constructions arméniennes, par la basilique et par des édifices privés. Un mur a été dégagé en 1905, lors de l’installation de la grille du cimetière grec, qui se trouvait au nord; les fouilles ont mis au jour d’autres murs en 1932. Pour qu’ils n’entravent pas l’accès de la basilique, ces vestiges ont été enfouis. Les archéologues ont identifié les murs extérieur et intérieur d’enceinte de l’atrium de Justinien et un mur transversal qui divisait l’atrium en deux sections. L’existence d’un double atrium est unique et la raison n’en est pas claire. En outre, l’aire des deux sections contenait d’autres murs qui formaient deux enclos. Cette disposition exceptionnelle a rendu difficile la distinction entre l’œuvre de Constantin et celle de Justinien. Au pied du petit mur qui limite le côté nord du parvis sont aujourd’hui visibles les stylobates du mur intérieur de l’enceinte de Justinien. Dans le mur nord, les fouilleurs ont retrouvé des anneaux de métal : à une époque indéterminée, le marché avait empiété sur le parvis; les bédouins, venus au ravitaillement, attachaient leurs bêtes aux anneaux.

A l’ouest de la « place de la Crèche » (Sâhet el-Mahed), une rue gravit la colline dite actuellement Râs Iftès. Elle suit le tracé du decumanus romain et conduit au plus vieux quartier de Bethléem. Il est donc manifeste que le Sauveur n’est pas né à l’intérieur de la localité, mais dans les environs.

Sur le côté gauche de la façade de la basilique, une fenêtre longue et étroite, comme une meurtrière, s’ouvre sur la chapelle inférieure d’un ancien campanile.

En se fondant sur les éléments qu’il possédait, le P. Bagatti a pu conclure qu’il existait en fait autrefois deux campaniles, l’un à gauche de la façade, l’autre à droite. Comme il était impossible d’effectuer des travaux sur le côté sud-est, où s’élève la masse du couvent arménien, les recherches n’ont porté que sur le côté nord-est du parvis.
Pour mieux comprendre son architecture, on a extrapolé sur le modèle d’autres campaniles de l’époque. On en a alors déduit qu’il s’agissait d’un campanile à section carrée, de quatre étages au moins, dont chacun contenait une chapelle; la flèche reproduit celle de campaniles semblables.

Cette reconstruction imaginaire confirme les témoignages des pèlerins médiévaux Gabriele Capodilista, (1458), Santo Brasca (1480) et Bernardino Di Nali (1492), qui jugent le campanile « admirable et finement travaillé ». Ce campanile ne peut donc être identifié avec la tour massive des croisés, située dans la cour proche de l’abside méridionale.

Les cloches ont été enlevées en 1452 par ordre de Mehmet II, peut-être même le siècle précédent, et, selon la tradition, enterrées dans le couvent franciscain. Des fouilles effectuées en 1863 à proximité de la cuisine du couvent ont exhumé par hasard trois cloches en même temps que divers objets de culte; le creusement des fondations de la Casa Nova a mis au jour treize autres cloches en 1906. La diversité des dimensions et des tons révèle l’existence d’un véritable carillon . La plus petite cloche porte l’inscription « Vox Domini ».

Les chapelles du campanile étaient décorées de peintures. Il n’en reste aujourd’hui que des figures dans la chapelle inférieure et un peu d’enduit dans la chapelle supérieure. Les peintures ont été restaurées en 1950. Elles représentent : (dans l’abside) le Christ bénissant, entre la Vierge et saint Jean-Baptiste; sur la voûte, près du mur oriental) le trône du jugement, placé devant une croix à deux bras ; (sur le pilier nord et sur les voûtes) des figures de saints, d’apôtres et la Vierge à l’Enfant.

La partie: inférieure du campanile est accessible par le cloître de Saint-Jérôme et la chapelle Sainte-Hélène, située dans l’angle sud-ouest du cloître.

Le narthex

Le parvis communiquait primitivement par trois grandes portes avec le narthex de la basilique de Justinien. Les portes latérales sont à présent cachées, l’une, par un contrefort postérieur au XVIe siècle, l’autre, par des constructions arméniennes. La porte centrale, dont il reste le linteau byzantin, fut diminuée au moyen âge et reçut un tracé brisé; sous le régime turc, elle a été réduite à une sorte de trou qui sert toujours de porte. La première modification fut peut-être exigée par des travaux de consolidation, tandis que la seconde s’expliquait par le désir d’empêcher que l’église ne devînt une écurie.
Les croisés ménagèrent des entresols sur les côtés de ce grand narthex, qui disparaît presque aujourd’hui sous plusieurs pièces inégales.

Des vestiges du narthex constantinien ont été retrouvés dans la basilique, à la hauteur des premières colonnes; ils sont de nouveau enfouis sous le pavement.

La façade proprement dite

Aux portes du narthex correspondent, surmontées d’un tympan, les trois portes de la façade proprement dite de la basilique. Seule la porte centrale est ouverte. Des parties sont conservées d’une grande porte en bois, œuvre de deux Arméniens qui l’ont donnée à l’église. Les arabesques végétales qui la décoraient sont typiques des Xe-XlIle siècles et possèdent une élégance tout à fait particulière. Sur la partie supérieure des vantaux sont sculptées une inscription arménienne et une inscription arabe. La première dit. « Avec l’aide de la sainte Mère de Dieu, cette porte a été faite en 676 par le Père Abraham et le Père Arakel, au temps du roi Héthoum d’Arménie, fils de Constantin. Que Dieu ait pitié de leurs âmes! » La seconde inscription : « Cette porte a été achevée avec l’aide de Dieu [Allah], qu’il soit exalté! au temps de notre seigneur le sultan Mélik el-Mohaddam, au mois de Moharram de l’année 624 ». Les dates des deux calendriers correspondent à l’année, 1227 de l’ère chrétienne.

Il est possible qu’à une époque indéterminée la façade ait soutenu une sorte de loggia ou de grande corniche. Telle serait la raison d’être de la série des petits trous aveugles pratiqués au-dessous d’une longue excavation.

Les constructeurs ont utilisé des pierres malaki (à grain dur) de dimensions variées; à l’intérieur de la basilique, des pierres portent encore, jusqu’à une certaine hauteur, les trous du scellement des plaques de marbre dont étaient anciennement recouvertes les parois. Rappelons que la façade constantinienne se trouvait un peu à l’est de la façade actuelle.

L’intérieur de la basilique

L’édifice a une longueur totale de 53, 90m; les nefs ont une largeur totale de 26, 15m (10, 25m pour la nef centrale; 7, 95m pour chacun des bas-côtés). La largeur du transept est de 35, 82m.

Dans le bas-côté sud sont placés les fonts baptismaux: une vasque monolithe, octogonale à l’extérieur et quadrilobée à l’intérieur; comme les colonnes, elle est faite en pierre rose de la région. Toutefois, il existait anciennement un véritable baptistère, dont les archéologues ont trouvé les vestiges au-dessus d’une citerne située dans l’angle extérieur nord-ouest de la basilique. Même si l’on ne tient pas compte des matériaux découverts, la localisation du baptistère à elle seule correspond bien à l’ancien rite baptismal: le catéchumène arrivait de l’extérieur, recevait le baptême et entrait ensuite dans la basilique. On peut voir aujourd’hui l’emplacement de ce baptistère, avec des vestiges byzantins et médiévaux, dans la chapelle dite Sainte-Hélène, proche, de la partie inférieure du campanile. A un niveau plus bas, dans la citerne proprement dite, existe une voûte byzantine.

La structure des murs nord et sud de la basilique ressemble à celle de la façade. Une petite porte ménagée dans le mur nord (à gauche de l’entrée) conduit au cloître de Saint-Jérôme.

La position des assises et l’absence de raccord nous autorisent à croire que les murs du chevet tréflé sont contemporains de ceux des nefs. Les matériaux sont constitués de pierres malaki équarries et brettelées. Les murs des absides sont plus épais que ceux qui les relient.

La basilique de Justinien avait la forme d’une croix latine, comme le note du reste l’abbé Daniel (1106-1107).

On en aurait la confirmation, si l’on regardait du haut la partie supérieure de la nef centrale et les pilastres des trois absides. Des fenêtres de la nef centrale et du transept ont été murées, probablement pour une raison de stabilité. C’est pour la même raison que les croisés ont renforcé les extrémités des nefs par deux paires d’arcs brisés, à présent recouverts d’enduit.

Les vestiges de murs constantiniens

Sous le narthex, les nefs et le chevet tréflé sont enfouis divers murs de l’édifice constantinien. Les fouilles n’ont jusqu’à présent permis qu’une étude partielle.

Les murs conservés sous le narthex sont faits de blocs grossièrement équarris et remontent à l’époque romaine tardive et à l’époque byzantine. D’autres fouilles ont révélé la présence de deux marches qui appartenaient peut-être à l’atrium de Constantin. Le mur enfoui sous les nefs est parallèle à la façade actuelle. De ses trois portes subsistent les seuils, que précèdent deux marches semblables à celles retrouvées dans le narthex.

Dans l’abside nord est enfoui un mur constantinien circulaire, fait de pierres brettelées; son rayon intérieur devait avoir un peu plus de 9 m. Près de ce mur se trouvent le prolongement du mur nord de la basilique et, un peu au sud, un mur parallèle plus large. La découverte d’autres pans de mur a porté initialement les archéologues à imaginer l’existence d’un sanctuaire octogonal. Cette hypothèse a été ensuite écartée pour deux motifs: d’une part, la différence notable de l’épaisseur des murs aurait nui à la stabilité de cette construction en saillie; d’autre part, il n’existe pas d’autre église qui se termine par un sanctuaire octogonal. La solution la plus naturelle est celle d’une abside polygonale, flanquée de deux sacristies, comme l’architecture religieuse du IVe siècle en offre maints exemples en Terre sainte ou ailleurs. La remarque de saint Jérôme dont nous avons parlé plus haut corrobore cette solution: de l’église, les fidèles n’auraient pu voir le clergé dans le chœur s’il s’était agi d’un sanctuaire octogonal.

Dans cette zone ont été retrouvés des vestiges de marches parallèles aux murs du prétendu octogone. Ces marches conduisent à un mur circulaire intérieur, dont l’aire centrale est remplie de chaux. Des savants y ont vu un oculus artificiel, à présent fermé, d’où les fidèles pouvaient voir la grotte de la Nativité, sans y entrer. Comme cette « ouverture » n’est pas située exactement au-dessus de la grotte et qu’elle domine une partie de la paroi rocheuse, les savants croient à présent pouvoir écarter sans hésitation cette première hypothèse. D’autres considérations viennent appuyer cette conclusion. L’oculus est un motif inconnu dans l’architecture de l’époque constantinienne, même en Palestine, où tant d’églises possèdent une grotte vénérée. L’existence d’un oculus entraînerait l’élimination de l’autel, ce que les cérémonies liturgiques de la basilique ne permettent pas d’admettre, et ce qui n’est d’ailleurs appuyé par aucun document. Au contraire, le silence absolu des sources démontre bien l’absence d’un oculus.

Les pierres des murs dégagés sont percées d’une série de trous, qui a suggéré l’idée d’une ancienne balustrade. Il ne s’agit cependant pas des trous d’un garde-fou qui aurait entouré l’ouverture, mais des trous où étaient enfoncés les supports d’un baldaquin (ciborium) métallique qui couronnait l’autel. C’est là un motif commun aux églises du IVe siècle. Près de la Crèche aussi subsiste une colonnette d’un ancien ciborium.

Les mosaïques constantiniennes

Des trappes de bois pratiquées dans le pavement de la basilique protègent les vestiges des mosaïques constantiniennes. Les fouilles, effectuées en 1934, ont montré la disposition des fragments conservés dans la nef centrale à 75 cm environ sous le pavement actuel. Les fragments retrouvés dans les nefs latérales sont peu importants.

Le premier panneau, à partir de la porte d’entrée, consiste en un très grand tapis qui s’étend sur toute la largeur de la nef et sur un peu moins du tiers de sa longueur. Il représente un ensemble de rubans entrelacés, qu’entourent d’abord une guirlande de feuilles d’acanthe, ensuite une bande de cercles noués, enfin une suite de flots. Cette décoration, la plus belle de la nef, est visible dans l’angle nord-ouest. Les couleurs des cubes donnent à cette mosaïque une valeur particulière: outre le blanc, on y trouve diverses teintes de bleu, de vert, de rouge, de jaune, de gris, de pourpre. Les feuilles d’acanthe renferment un citron, deux petites fleurs (dans le coin), deux grenades, une pastèque, deux poires, un melon. Les feuilles, très dentelées, conservent une remarquable plasticité.

Les six panneaux suivants, disposés par deux, occupent le reste de la nef. Ils sont constitués de dessins géométriques. Dans les deux premiers, des rubans forment des motifs de svastikas ; dans les quatre autres, un cercle central présente des ornements variés. Les six panneaux sont entourés de rubans entrelacés.

Un petit panneau situé au nord des trois marches du choeur offre un intérét particulier. Chacun des crochets d’un svastika central est orné d’un motif métrique, tandis que le centre contient l’inscription grecque ichtus , c’est-à-dire les initiales des mots grecs: lésous Christos Théou Uios Sôtèr (Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur), qui forment le mot grec « poisson », un des plus anciens symboles chrétiens. La position de cette inscription près de l’escalier primitif de la grotte ne semble pas fortuite.

Dans le transept nord subsistent d’autres vestiges, a un niveau de 31 cm plus haut que ceux de la nef. Des rubans entrelacés forment des médaillons circulaires ou octogonaux, ornés de dessins géométriques, de plantes et d’animaux. Notons un coq qui picore une grappe de raisin, une perdrix sur une branche. Les plumes sont rendues par des lignes parallèles, sans clair-obscur.

Un autre panneau offre un ensemble de rubans entrelacés et de feuilles disposées en diagonale dans les espaces libres pour former des croix. La bordure représente des cornes d’abondance d’où sortent une grappe, un oiseau sur un rameau, des grenades, des fleurs.

Le pavement, byzantin

Les mosaïques reposaient directement sur le fond rocheux. Au-dessus s’étendait le pavement de marbre du Vle siècle, refait par les croisés- Dans les absides latérales ont été retrouvées des dalles carrées de 60 cm sur 60 et de 72 cm sur 72; mais dans l’espace situé à l’est des absides latérales, des dalles avaient même 167 cm de longueur. Ces marbres, dont la dimension s’harmonisait avec celle des dalles du mur, possédaient une entaille où s’encastrait le placage mural. Il ne reste pas de vestiges visibles de ce pavement. Depuis 1842, les nefs sont pavées de dalles grossières qui contrastent avec les colonnes. Le presbyterium est recouvert de marbre et de pierres locales rouges et noires.

Les colonnades

Quatre colonnades de onze colonnes monolithes divisent la basilique en cinq nefs et un transept. Les colonnes mesurent 5,47 m du sol à l’architrave. Elles sont postérieures au pavement de mosaïque, que les constructeurs ont endommagé afin d’appuyer leurs fondations sur un terrain solide.

Les chapiteaux corinthiens sont tous égaux et présentent trois ordres de feuilles d’acanthe symétriques et détachées; le genre est classique, mais l’exécution se ressent déjà du nouveau goût artistique qui évolue vers l’expression byzantine. Les fûts, de pierre rose locale, offrent une légère contracture. Les bases attiques semblent un peu disproportionnées, d’autant que le pavement actuel, en rehaussant le fond, a modifié leur ligne.

Les entablements de bois qui surmontent les colonnades sont décorés de cercles où se serrent des feuilles d’acanthe, aujourd’hui détériorées et vermoulues. Ces entablements ont une fonction ornementale; les murs supérieurs et le toit reposent sur des arcs de décharge disposés entre les colonnes et cachés par de l’enduit.

Les colonnes et les chapiteaux sont tous de l’époque byzantine. La facture des unes et des autres apparaît trop homogène pour nous autoriser à imaginer des restaurations partielles d’éléments antérieurs. Les colonnes, les chapiteaux et autres matériaux de l’église constantinienne peuvent avoir été utilisés dans des édifices de la région. Au champ des Bergers, les fouilles ont exhumé en 1951-1952 des pierres qui provenaient certainement de la basilique primitive.


Les peintures des colonnes

Les colonnes ont conservé des traces d’encaustique. Négligées pendant des siècles, ces peintures à cire chaude n’ont été étudiées qu’à partir de la fin du XIXe siècle; mais le mauvais état de conservation en rend l’examen très difficile. La distribution des sujets ne suit pas une ordonnance méthodique. Les peintures représentent en tout cas une série de saints, et notamment Macaire, Antoine, Léonard, Côme, Damien, le roi Canut de Danemark, le roi Olav de Norvège, Etienne, Jean-Baptiste, Marguerite, Fusque. Dans cette suite de saints sont intercalés d’autres sujets, tels que la Vierge qui allaite, la Crucifixion, la Vierge à l’Enfant. Notons particulièrement dans le bas-côté sud, sur la cinquième colonne à partir de la façade, la Vierge assise sur un trône avec Jésus dans les bras. En bas et en haut, deux inscriptions latines, complétées, disent respectivement: « Vierge céleste, console les affligés » et « Fils qui es vrai Dieu, je te prie d’avoir pitié de ces fidèles ». Cette œuvre a pour date: « En l’an 1130 de l’Incarnation, 15 mai ».

Le choix des sujets occidentaux et orientaux ainsi que le style presque exclusivement byzantin prouvent que ces peintures remontent probablement au XlIe siècle. Outre les figures à l’encaustique, les colonnes portent de nombreux graffiti de pèlerins, surtout du bas moyen âge et de la première Renaissance (signatures et armoiries de noblesse).

Les décorations murales

La partie supérieure de la nef centrale et celle du transept ont conservé quelques mètres carrés de mosaïques, seuls témoins des mosaïques murales des croisés. L’état déplorable de conservation et, par conséquent, l’impossibilité de prendre de bonnes photos rendent extrêmement difficile l’étude de ces panneaux.

Les mosaïques de la nef centrale représentent en haut, entre les fenêtres, des anges; au milieu, les représentations des conciles; en bas, les ancêtres du Sauveur. Des feuilles d’acanthe séparent les séries.

Des 24 figures d’anges qui formaient la première série (12 par côté), il n’en reste que 6 aujourd’hui sur le mur nord, et encore la partie inférieure est-elle incomplète. Avec leurs longues tuniques et leurs tresses, les anges ont un aspect féminin. Ils sont placés en procession, les mains tendues vers l’abside en un geste rituel: c’est le chœur des anges venus adorer l’Enfant Jésus dans la grotte. Le nom de l’artiste, Basile, est inscrit entre la huitième et la neuvième fenêtre: Basilius pictor.

D’après les descriptions du P. Quaresmi et les informations ultérieures, la série du milieu rappelait sept conciles œcuménique ( Nicée I, 325; Constantinople I, 381 ; Ephèse, 431 ; Chalcédoine, 451; Constantinople II, 553; Constantinople III, 680; Nicée II, 787), quatre conciles provinciaux (Ancyre, 314; Antioche, 272; Sardique, 347; Gangres, IVe siècle) et deux synodes (Laodicée, IVe siècle; Carthage, 254).

Entre la cinquième et la sixième fenêtre du mur nord subsistent des restes des panneaux de Gangres, de Sardique et d’Antioche (fig. 20) et sur le mur sud, des restes des panneaux de Nicée, de Constantinople, de Chalcédoine et d’Ephèse.

Les représentations des conciles œcuméniques suivent toutes une même ordonnance: deux arcades entourent deux autels, sur lesquels est déposé un Evangile. Les arcs sont soutenus par de fines colonnes, que complètent un chapiteau et une base. Dans chaque panneau, deux chandeliers avec un cierge avoisinent l’autel de droite et deux encensoirs sont suspendus de chaque côté de l’autel de gauche. Au-dessus des autels, un espace libre renferme des inscriptions en lettres noires, qui résument les décisions de chaque concile. Le fond est d’or, mais celui des inscriptions est d’argent.

Les conciles provinciaux et les synodes suivent une autre ordonnance: une église à coupole et des campaniles; trois arcades au premier plan; le nom de la ville au-dessus de la coupole; dans l’arcade centrale, au-dessus d’un autel, l’inscription en lettres noires sur fond or. Le toit et les murs des édifices sont représentés selon la perspective conventionnelle byzantine.

Des compositions fantaisistes, dites candélabres et vrilles, d’un très bel effet, mais un peu chargées, séparent les panneaux.

Dans la série des conciles, deux grandes croix gemmées marquaient le point médian de la basilique. Les pierres précieuses diffèrent de grandeur: les plus grandes au centre, les plus petites dans les quatre bras. Une des deux croix, partiellement conservée sur le mur nord entre les panneaux de Gangres et de Sardique, se dresse devant un arbre qui se sépare en deux, comme pour la faire mieux ressortir.

La série inférieure représente les ancêtres de Jésus, disposés sur le mur nord selon la généalogie de Luc et sur le mur sud selon celle de Matthieu. Ce sont des demi-figures, qui servent de piédestaux aux panneaux des conciles. Subsistent aujourd’hui, sur, le mur sud, l’inscription relative à saint Joseph et sept personnages assez bien conservés: Jacob, Matthan, Eléazar, Elioud, Akhim, Sadok et Azor.

Malgré les dimensions réduites, les photographies révèlent clairement la détérioration de toutes les mosaïques.

Même s’il n’en subsiste que des fragments assez mal conservés, ces mosaïques montrent suffisamment les caractères fondamentaux de la période artistique qui a ses meilleures œuvres dans les mosaïques de Sicile (Monreale, Palerme, Cefalù).

Sur le côté intérieur de la façade, une grande mosaïque représentait l’arbre de Jessé: les branches s’entrelaçaient autour des figures de prophètes, qui tenaient en main des rouleaux où étaient reproduits des versets de leurs prophéties. Il ne reste aucune trace de cette mosaïque.

Dans le transept nord, le panneau de l’incrédulité de saint Thomas est le mieux conservé. Au centre, le Sauveur prend l’incrédule par le bras; sur les côtés, les apôtres forment deux groupes très animés. La mosaïque de l’Ascension montre la Vierge entre des anges et des apôtres. Le transept sud a conservé l’Entrée de Jésus à Jérusalem: monté sur un âne, le Sauveur est suivi de ses apôtres, tandis que des personnes vont à sa rencontre, une palme à la main. De la mosaïque de la Transfiguration, il ne reste qu’une figure, dans le bas.

Le transept

Au nord du chœur, deux autels où officient les arméniens sont dédiés, l’un, à la Vierge, l’autre, aux mages. Au sud du chœur, un autel grec rappelle la Circoncision.

Le transept est percé de deux portes: celle de l’abside nord fait communiquer la basilique avec l’église Sainte-Catherine; celle de l’abside sud remplace une fenêtre et donne sur la cour du couvent grec. De cette cour, on voit la tour massive de garde érigée par les croisés, et dont la partie supérieure a dû s’écrouler avant 1610.
L’iconostase grecque, qui ferme l’abside centrale, remonte à 1764; elle a été dorée en 1853. Faite en bois sculpté et bien proportionnée, elle possède les trois portes rituelles et présente trois sections superposées : la section centrale, située au-dessus de la corniche, comprend 14 scènes évangéliques peintes dans le style byzantin. Cette iconostase constitue dans l’ensemble un remarquable travail artisanal. Par-devant sont placés plusieurs chandeliers, dont les deux plus grands, de près de deux mètres de haut, ont été exécutés à Nuremberg en 1667 pour le compte du prohigoumème Benjamin.

La toiture

La basilique constantinienne avait peut-être un toit de tuiles rouges ou de plomb. Le type actuel de couverture, à fermes découvertes, remonte selon toute probabilité à l’époque de Justinien.

La basilique et ses légendes

Dans des temps très anciens, la piété des fidèles a entouré le lieu de la Nativité d’une aura de légendes. La plus ancienne concerne l’étoile des mages. Voici comment, le premier, saint Grégoire de Tours parle de cette légende, dont le concept se rattache aux grottes lumineuses (VIe siècle; ELS, p. 102, en note): « A Bethléem se trouve un grand puits, d’où la glorieuse Marie, dit-on, a puisé de l’eau. On y montre souvent un miracle éclatant à ceux qui regardent: les gens au cœur pur, voient apparaître l’étoile des mages. On recouvre d’un drap la tête des fidèles qui viennent se pencher sur l’ouverture du puits. Alors celui qui l’aura mérité voit l’étoile passer sur l’eau d’une paroi du puits à l’autre, de la même façon que les étoiles se déplacent sur le cercle du ciel. Mais, alors qu’ils sont nombreux ceux qui regardent, seules voient l’étoile les personnes dont l’âme est assez pure. J’en ai trouvé quelques-unes qui affirmaient l’avoir vue [...]. »

Au XVIe siècle, le puits était localisé dans l’angle sud-ouest de la grotte. A. Contarini rapporte ce qui suit (1516; manuscrit de la Bibliothèque Marciana de Venise): « A gauche de l’entrée de la chapelle, dans le coin, se trouve le lieu où l’étoile disparut aux yeux des mages lorsqu’ils eurent retrouvé le doux Enfant jésus. Dans un rocher de cet endroit, il y a jusqu’à présent un trou. »

En souvenir de cette légende, il reste aujourd’hui une colonnette au lieu même indiqué par Contarini, à droite de l’autel de la Nativité.

Une autre légende ancienne se rapporte à une brûlure des marbres, dans laquelle on voyait la forme d’un serpent.
Le P. Burchard est le premier à la signaler (1283; ELS, 138, 7). Après avoir raconté l’histoire du sultan qui voulait emporter les colonnes et qui en fut empêché par un serpent sorti du mur, le pèlerin -écrit: « L’église fut donc conservée et elle subsiste aujourd’hui comme auparavant. Des traces du corps du serpent apparaissent cependant encore sur les dalles qu’il traversa, comme une combustion faite par le feu. Il faut particulièrement admirer comment ce serpent a pu traverser le mur qui était aussi lisse et uni que du verre. »

Quoi qu’on puisse penser de ce récit, il ne faut cependant pas oublier que, déjà à cette époque, les sultans avaient souvent l’oeil attiré par la belle basilique et désiraient la piller. D’après Burchard, ce sultan légendaire, "voyant dans l’église les décorations, les dalles et les colonnes extrêmement précieuses", avait ordonné de les enlever et de les porter au Caire en vue de l’édification d’un palais.

Certains croyaient voir aussi dans les veines des marbres la figure de S. Jérôme. "Celui qui regarde avec une attention méticuleuse, écrit Fabri (1480; Evagatorium, 1), aperçoit la figure d’un vieillard barbu, le dos couché sur une natte, dans le vêtement d’un moine défunt, et, près de lui, l’image du lion. Cette figure n’a pas été faite de propos délibéré, mais elle a été obtenue par polissage naturel et sans la volonté d’un polisseur [...] mais on dit que c’est là l’œuvre de la volonté divine à cause de la sainteté exceptionnelle du glorieux Jérôme. Tous ne voient pas cette figure, mais uniquement ceux à qui elle est montrée, et qui savent [ ... ]." A. Contarini parle de "la figure de saint Syméon portant dans les bras le doux enfant Jésus, de même qu’une autre pierre placée près de la Crèche montre la figure du glorieux saint Jérôme, chose merveilleuse à voir" (1516; Viaggio in Terra Santa). Zuallart (1586) a laissé un dessin de la figure de S. Jérôme, mais sans le lion.
  Bethléem Principal Autres Sanctuaires  



 

Please fill in our Guest book form - Thank you for supporting us!
Created / Updated November, 2005 by John Abela ofm ,E.Bermejo, E.Alliata, M.A.Beaulieu, Marina Mordin
Web site uses Javascript and CSS stylesheets - Space by courtesy of Christus Rex
logo

cyber logo footer